Contre le déterminisme: Une réévaluation de l’essai de Marcel Mauss sur les variations saisonnières

Against Determinism: A reassessment of Marcel Mauss’s essay on seasonal variations
Pages: 33 - 49
Auteur(s) / Author(s): Michael T. Bravo
Résumé:

Le célèbre « Essai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos » de Marcel Mauss est traditionnellement compris comme un texte sur la prééminence du monde social dans le fait de déterminer et d’imposer une organisation saisonnière au monde physique. De telles interprétations de la saisonnalité ne parviennent pas d’ordinaire à prendre correctement en compte les débats actuels sur la terre et sur la société dans l’Europe et l’Amérique du Nord contemporaines. En examinant attentivement le contexte historique de l’essai, on découvre la forte possibilité d’une lecture alternative: qu’il ait été rédigé dans un but polémique à l’encontre de la théorie anthropogéographique de l’école de Friedrich Ratzel. La cible première était Hans-Peder Steensby, disciple de Ratzel. En décrivant Steensby comme n’étant préoccupé exclusivement que de géographie physique, Mauss a réinterprété les données de celui-ci à l’intérieur de ses propres données contextuelles de morphologie sociale. Il en a conclu que le principe crucial qui gouvernait la vie saisonnière des Inuit était la symbiose entre le monde social et le monde physique, et non pas la détermination physique ou les adaptations technologiques identifiées par les anthropogéographes. Le fait de comprendre que Mauss cherchait à distancier sa propre sociologie/anthropologie de la géographie nous donne la possibilité de réfléchir à la divergence dans l’orientation théorique et le choix des questions de recherche dans la communauté des chercheurs en études inuit.

Abstract:

The famous “Seasonal Variations of the Eskimo” by Marcel Mauss has traditionally been understood as a text about the dominance of the social world in determining and imposing seasonal organisation on the physical world. Such interpretations of seasonality typically fail to take adequate account of contemporary European and North American debates about land and society. Paying close attention to the historical context of the essay reveals strong evidence for an alternative reading: that it was written as a polemic against anthropogeographical theory from the school of Friedrich Ratzel. The prime target was Hans-Peder Steensby, an intellectual disciple of Ratzel. Depicting Steensby as exclusively concerned with physical geography, Mauss reinterpreted his evidence within his own evidential context of social morphology. He concludes that the crucial principle governing Inuit seasonal life is the symbiosis between the social and physical worlds—and not the physical determination or technological adaptations diagnosed by the anthropogeographers. Understanding that Mauss was seeking to distance his own sociology/anthropology from geography provides an opportunity to reflect on the divergence in theoretical orientation and choice of research problems amongst the community of Inuit studies.